Les anges deçus, par Daniel Meurois

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Ce n’est pas la peine de les chercher… On les trouve partout ! Dans les siècles passés, on ne les rencontrait qu’en trompe l’œil, peints plus ou moins habilement dans les choeurs des églises. Ils en ornaient les chapitaux avec un air de bonne conscience sans histoire et on ne leur posait pas de questions. Ils étaient invariablement rose bonbon, à la fois très incarnés et hautement improbables, juste semblables à des bambins aux fesses rebondies ou limités à des petites têtes bouclées assorties de deux ailes. C’était comme ça… et à force de les voir, une trompette à la main ou semblables à des motifs de tapisserie, on n’y faisait plus attention.
Seulement voilà… alors que nous plongeons jusqu’au cou en pleine ère de la technologie, au lieu de faire marche arrière, on dirait au contraire qu’ils reprennent vigueur… comme si l’adversité leur musclait les ailes.
Oui, faites le compte, cela fait bientôt vint ans que ça dure ! Ce n’est pas difficile de le constater, un simple coup d’œil jeté aux vitrines des magasins nous en apporte la preuve: Les anges on fait leur retour en force dans notre monde. On leur fait une belle place comme pour se consoler de l’évident durcissement de celui-ci et crier au « Ciel » qu’on veut bien encore croire en Lui et qu’il ne faut surtout pas se fier aux apparences. Je soupçonnerais même certains de placer des angelots chez eux de la même façon qu’ils souscriraient à une assurance.

Évidemment, les anges en question se mettent à parler aux uns et aux autres, on leur consacre des milliers de livres à moins qu’ils ne les dictent eux-mêmes. On en fait des bougies et même des films à gros budget ! Au point où nous en sommes, je les vois un peu complices de cette voix intérieure à nous-mêmes qui, à force d’avoir été étouffée, a besoin de ressurgir afin de crier à qui veut l’entendre que nous avons bien une âme….

Cependant, voyez-vous, mon propos n’est pas de vous entretenir de ces anges-là déjà très gâtés par tous les espoirs dont nous les parons. Non, j’ai plutôt envie de vous parler des autres, de ceux que l’on oublie trop facilement parce qu’ils ne font pas de belles phrases, pas souvent en tout cas. Ceux-là, je crois que si l’on ne pense pas à eux, c’est justement parce qu’on peut les voir… tout autant que les toucher!

Car, n’en doutons pas, il y a bel et bien des anges sur Terre, oui… Oui, il y en existe et, à chaque jour qui passe, je m’aperçois davantage qu’on a pris l’habitude de passer à côté d’eux, de leur parler même, sans remarquer le moins du monde qu’ils en sont. Et pour cause ! Non seulement la nature ne leur a pas donné d’ailes mais elle les a fait naître dans un univers plutôt plombé.

Alors, si vous le voulez bien, faisons l’effort de prendre un peu d’altitude. C’est la seule façon d’y voir un peu clair…
Si ces anges-là sont privés d’ailes, il me semble que c’est d’abord parce que notre monde les leur a rognées et qu’il continue de le faire, au jour le jour, avec la complicité de notre inconscience.

Je pense à toutes ces personnes que nous côtoyons ou que nous croisons de temps en temps et qui consacrent leur vie à apporter un peu de lumière là où la vie les a placées. Évidemment sans moyens, évidemment sans reconnaissance publique, sans haut-parleurs médiatiques et, évidemment aussi, en y laissant des plumes. Pourquoi des plumes ? Parce que la bonté, l’écoute, la douceur, la générosité et enfin le bénévolat les font de plus en plus ressembler, aux yeux de notre temps, à des citrons que l’on peut presser à volonté.

Et plus je m’éveille à cette réalité flagrante, plus je me dis qu’il y a là un vrai miracle ou tout au moins un mystère! Oui,imaginons, ne serait-ce qu’un instant, que ces anges en chair et en os soient fatigués de ce qu’ils sont. Imaginons qu’ils en aient assez de notre indifférence ou de notre aveuglement et qu’ils se retirent de notre planète. Supposons qu’ils deviennent – pourquoi pas demain matin ? – , des anges déçus et décident de ne plus jouer leur rôle… Juste pour que notre monde reste soudainement seul face à sa propre sécheresse rentabilisante et performante. Qu’arriverait-il alors ? Beau sujet de méditation !

Oh, ne croyez pas que je doute de l’existence des « anges du Ciel »… Je ne suis pas de ceux qui estiment que notre humanité est le plus beau fleuron de la Création ni de ceux qui clament que l’Évolution s’arrête à nous… Je pense, au contraire, que nous ne représentons qu’un tout petit stade dans l’immense aventure de la Vie.

Cependant, j’aimerais vraiment que, de temps en temps, on mette un « coup de flash » sur les « anges de la Terre », justement parce que la plupart sont relégués dans l’ombre et qu’ils en étouffent.

Cherchez-les… En vérité, ils ne sont pas très difficiles à identifier. Ils sont seulement éparpillés comme de la poudre d’or. On peut en voir dans les hôpitaux, ayant parfois à peine le droit de porter la blouse réglementaire, on ne manque pas d’en trouver non plus dans les écoles de quartier ou sur les bords de trottoirs, la main tendue aux « paumés », dans les Maisons d’accueil, bien sûr, et même parmi les artistes bâillonnés. Partout!

D’ailleurs, il est facile de les reconnaître. Il suffit d’avoir le courage de ne pas les contourner. Comment sont-ils? Ils ont de vrais yeux pour vous regarder, un sourire qui ne grimace pas et surtout, surtout, ils ne sont pas compliqués! Les grands discours leur sont étrangers. Et une telle simplicité, je vous jure, c’est au moins aussi salvateur et aussi grand que toutes les ailes de la Création!

Daniel Meurois

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