Vivez et mangez, ceci est votre corps livré pour vous

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D’accord, vous n’avez pas demandé à naître. D’accord, vous n’avez pas choisi de naître dans ce corps-là (ceci dit, vous auriez pu plus mal tomber… Sans vouloir faire de jugement de valeur, les hyènes et les morses ont quand même bien du mérite !). D’accord, donc, vous n’avez pas demandé à être incarné et surtout vous n’avez pas choisi d’être incarné dans ce corps-là qui est le vôtre.

Mais puisque pour vivre, vous ne pouvez  faire sans, il va bien falloir apprendre à faire avec. Et autant vous prévenir tout de suite : ça peut prendre toute une vie. De toute façon, vous n’en aurez qu’une (en tout cas, dans ce corps-ci) ! Et étant donné que vous n’avez aucune idée du temps qu’elle peut durer, cette vie, il vaudrait peut-être mieux s’arranger pour s’approprier les lieux paisiblement sinon ça risque d’être sacrément pénible et de paraître « diablement » long.
Alors, d’accord, ce corps vous appartient, vous en êtes le seul propriétaire et l’unique occupant – jusqu’à preuve du contraire – mais est-ce que cela vous donne pour autant tous les droits ?

Dans le fond, c’est pas mal un corps, ça permet de sentir et de ressentir, d’agir et d’interagir, d’être mobile et immobile, de donner et de recevoir, d’expérimenter le plein et le vide. Et puis c’est bien pratique pour porter et transporter le précieux contenu qui réside à l’intérieur…

Picture 6Mais il ne faudrait tout de même pas croire que vous pouvez en faire tout ce que vous voulez. Non, non ! Votre corps a ses petites (et parfois ses grandes) exigences ! Il réclame d’être bien servi pour pouvoir bien servir : du repos pour pouvoir déployer l’amplitude de ses mouvements, de la lumière pour pouvoir éclore chaque matin au jour nouveau qui naît, de l’engrais de qualité pour pouvoir croître et fructifier, de la douceur pour pouvoir développer sa force et ses potentialités. Et si vous décidez d’ignorer, voire de bafouer ces besoins primordiaux, il serait présomptueux de penser que vous pourrez échapper à des représailles. Parce que votre corps n’est pas le simple contenant de toute la prodigiosité de l’âme qu’il héberge. Il est intelligent, figurez-vous !

 

Il est possible que vous soyez, à un moment donné, tenté de l’oublier, de le dominer, voire de vous en débarrasser, le considérant comme l’obstacle matériel vous empêchant d’accomplir votre dessein spirituel. Vous chercherez à maîtriser et à dépasser votre corporalité[1] et cela semblera marcher pendant un certain temps : votre corps est conciliant, il saura s’adapter – jusqu’à un certain point, seulement – à votre volonté de vous désincarner et de vous désincarcérer de lui, convaincu que vous êtes qu’il vous détient prisonnier.

Sans même forcément être aspirant à l’évasion éthérique de votre cellule organique, les liens qui vous unissent, votre corps et vous, ne sont pas à l’abri d’être tendus ou distendus.

Quoi qu’il en soit, vous avez pris le pli de rester sourd aux messages qu’il vous envoie régulièrement afin de vous rappeler à son (plus ou moins) bon souvenir. Mais vous ferez moins le malin le jour où il décidera de se faire entendre plus fort (et peut-être même plus violemment) !

C’est en cherchant à transcender votre incarnation physique par une dissociation de votre corps que celui-ci pourrait véritablement devenir l’obstacle contrecarrant votre cheminement et votre avancement. Or, « qui veut voyager loin ménage sa monture »… Il semblerait donc judicieux de reconnaître tout l’intérêt que vous avez à vivre dans une entente cordiale[2] avec votre corps. Et ça, c’est un apprentissage à chaque instant.
C’est là où la voie du Yoga peut être révélatrice, réparatrice, et même salvatrice.

Révélatrice parce qu’elle éveille en vous la conscience, jusqu’ici endormie, de la division intérieure qui vous mène à entretenir une relation discordante, voire destructrice, à votre corps ; elle développe en vous la compréhension de l’importance – que dis-je ! la nécessité ! – de prendre soin de lui (de vous) plutôt que de le négliger, le maudire, l’abîmer et le punir d’exister.

Réparatrice parce que, dès l’instant où vous commencez à vous engager dans cette voie du Yoga, c’est déjà le signe prometteur et réjouissant que vous souhaitez cesser la guerre intestine qui vous met délibérément ou secrètement en lutte contre votre propre royaume ; progressivement, vous lâchez prise, les armes et l’armure que vous vous êtes vous-même forgé ; et vous découvrez que, loin d’être un ennemi à combattre, voire à abattre, votre corps est en fait un allié à apaiser, consoler, protéger et aimer.

Et salvatrice parce que, outre le fait qu’elle vous apprenne à faire l’expérience de votre enveloppe charnelle en vous mettant dans la peau de toutes sortes d’animaux (vous noterez au passage qu’étonnament il n’existe pas de posture de la hyène ou du morse…), outre le fait qu’elle vous invite à investir votre propre territoire pour faire voyager le Souffle et l’Énergie dans ce paysage exotique et si peu exploré que vous êtes, outre le fait qu’elle vous confère la conscience et la connaissance de votre corps d’une part et la consistance et la constance de votre esprit d’autre part, la pratique vous éduque surtout à instaurer la Paix entre ces deux (corps et esprit) qui ne font qu’un.

Cela se concrétise par la pacification et l’harmonisation de votre relation au mouvement, au sommeil, à la nourriture, aux émotions, aux sensations, aux autres, à vous-même, au Monde, à la Vie. Et tout cela s’opère subrepticement : il faut s’y prendre avec subtilité et délicatesse pour desceller les mauvais traitements les plus ancrés.

 

Ces mauvais traitements sont tissés aux teintes d’orages amers, de bleus sourds, d’épines de roses, d’éclats de verre, d’unité violée, … Ils sont le témoin du trop-plein et l’aveu du trop-peu dans le procès où les excès doivent être condamnés et les plaintes tues entendues.

Il s’agit alors d’abolir toutes les injures, tous les outrages avec lesquels vous vous sanctionnez : vous blesser ne vous aidera en rien à progresser ; le penser ne vous amènerait qu’à régresser.

Qu’en est-il concrétement lorsque la violence et la cruauté sont à tel point incorporées qu’elles en sont normalisées et banalisées ?

Bébé, sourire , méditationEn rétablissant la communication et la cohésion entre un corps et un esprit déconnectés l’un de l’autre, peu à peu, la pratique vous oriente à vous intéresser à ce qui en vous est délaissé, à occuper ce qui en vous est déserté, à accepter ce qui en vous est refusé, à reposer ce qui en vous est épuisé, à bouger ce qui en vous est paralysé, à nourrir ce qui en vous est affamé, à réanimer ce qui en vous est meurtri, à reconstruire ce qui en vous est détruit, …

Les autres corps étant déjà tous habités, c’est dans ce corps-ci que vous êtes apparu au Monde. Il va donc de soi que c’est dans ce corps-ci que vous avez à laisser librement circuler la Vie sans faire entrave à celle-ci. Vous savez certes que vous n’y resterez pas pour l’éternité. Mais espérer accèder à l’Elévation de l’Ame en la déraçinant ardemment du corps dans lequel elle est pour l’instant plantée la priverait de la nourriture par laquelle cette expérience terrestre est destinée à l’enrichir.

Ceci est votre corps, vivez et mangez.

« l’Illumination se reçoit, elle ne se gagne pas. Il faut se mettre en position d’être prêt, à travers la pratique du yoga, mais il n’y a pas de logique. Ce n’est pas parce que l’on a souffert, martyrisé son corps que la récompense tombe comme un fruit mûr. », Arnaud Desjardins.[3]

 

Marie Ghillebaert

[1] Par « corporalité », il faut comprendre la notion de « corps » pris à la fois dans sa dimension anatomique (les différents organes, os, muscles, etc. qui le composent), physiologique (les différentes fonctions qui l’animent : digestive, respiratoire, métabolique, etc.) et morphologique (la forme et l’apparence du corps : longueur, largeur, masse, volume, etc.), mais aussi dans sa part sensitive (par ses perceptions sensorielles : la fatigue, le chaud, le froid, la faim, etc.) et émotionnelle (par des indicateurs tels que les frissons, les palpitations cardiaques, les tremblements, etc.). Il s’agit donc en fait de notre entité vivante dans son sens le plus concret : c’est ce que nous sommes matériellement, ce que l’on peut voir, percevoir de façon empirique ou même savoir par la connaissance intellectuelle et scientifique.

[2]Au sens étymologique de « cordiale » : « qui vient du cœur » ; il s’agit donc d’une entente aimante.

[3]Arnaud Desjardins, Yoga et Spiritualité, l’Hindouisme et nous, 1964.

http://www.yoganova.fr/vivez-et-mangez-ceci-est-votre-corps-livre-pour-vous/

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