Les étonnantes vertus du curcuma

Une plante herbacée vivace et rhizomateuse

Curcuma Longa de son nom latin, le « safran indien », alias curcuma, est une épice connue aux quatre coins de la planète depuis la nuit des temps. On ne compte plus les innombrables préparations culinaires qui l’utilisent, souvent sans en connaître la moindre propriété. L’Ayurvéda attribue au curcuma de très nombreux effets positifs en termes de santé. Les recherches scientifiques les plus récentes valident plusieurs des bienfaits prêtés à cette plante herbacée vivace et rhizomateuse. Ces découvertes ont été jugées « si étonnantes » que les Etats-Unis ont voulu breveter certains de ces usages, déclenchant un intense différend avec l’Inde. Point de départ de cette affaire que certains ont  qualifié de bio-piraterie[1], le Medical Center de l’Université du Mississippi obtient sous le numéro 174363 un brevet décrivant l’usage du curcuma pour soigner les blessures. Ceux qui ont visité l’Inde savent que chaque famille indienne garde dans un coin de sa cuisine un mélange de ghee et de curcuma afin justement de soigner les blessures, pratique qui remonte à des temps immémoriaux. Ce brevet, obtenu en 1995, a été immédiatement contesté par le Council of Scientific and Industrial Research de l’Inde. Motif ? Ces propriétés sont largement documentées dans les traités de l’Ayurvéda depuis des milliers d’années. L’Office américain des brevets a fini par annuler ce brevet.

Cet incident témoigne du fait que la réputation du curcuma est loin d’être usurpée. L’Inde a l’un des taux les plus faibles du monde en termes des cancers de la prostate, du sein, des os et des poumons, un constat que les chercheurs attribuent sans le moindre doute à la consommation régulière de curcuma. Cette épice ménagère – qui convient à toutes les constitutions et qui peut être consommée en toutes saisons – possède également despropriétés anti-inflammatoires. Elle soutient les fonctions cognitives. Et ce ne sont là que quelques-unes des étonnantes propriétés de cette épice connue pour influencer l’expression de plus de 700 gènes, d’où ses nombreux bienfaits sur la santé. L’Ayurvéda préconise aussi son usage pour garder un intestin et un tissu articulaire sains, une peau saine, un esprit clair ainsi que pour favoriser l’écoulement de la bile, le fonctionnement du foie ou encore le métabolisme de la graisse. La santé de l’intestin, siège du dosha Vata, est fondamentale aux yeux de l’Ayurvéda. En occident, la médecine évalue la santé de l’intestin au moyen d’une coloscopie, examen endoscopique réalisé sous anesthésie. Or, une très grande étude américaine parue dans Annals of Internal Medicine[2] révèle que certains problèmes graves ne sont pas détectés lors de cet examen pourtant considéré comme une « routine de dépistage » par la médecine moderne. Du coup, l’efficacité de la coloscopie en termes de diagnostic chute de 100 % à moins de 70%, ce qui oblige théoriquement à des examens supplémentaires. Or, à ce sujet, deux études[3] portant sur la curcumine – l’une des substances actives extraites du curcuma[4] – montrent qu’elle outrepasse les résultats de médications allopathiques en termes de soutien à la réplication et la réparation cellulaire. Elle favorise également une mort naturelle de la cellule par le mécanisme d’apoptose en relation avec le cancer. Sur la base de ces premiers résultats, plusieurs chercheurs ont affirmé que la curcumine possédait toutes les caractéristiques souhaitables d’un complément alimentaire.

Le curcuma

Les vertus anticancer du curcuma sont aujourd’hui largement documentées par la science moderne qui reconnait pleinement ses propriétés anti-inflammatoires, l’inflammation chronique étant un facteur sous-jacent de nombreuses maladies chroniques[5]. En Inde, la fréquence des quatre cancers les plus répandus en Occident – cancer du côlon, du sein, de la prostate et du poumon – est dix fois plus faible. Un récent article du Journal of Nutritional Biochemistry rapporte que la curcumine a réduit une tumeur cérébrale chez neuf parmi onze souris contaminées sans aucun signe de toxicité. L’article rapporte aussi que la curcumine n’affecte pas les cellules en bonne santé et, plus surprenant, qu’elle agit en synergie avec deux médicaments utilisés en chimiothérapie, augmentant ainsi l’élimination des cellules cancéreuses. Une autre étude, publiée dans Cancer Prevention Research en 2008, rapporte que la curcumine freine la motilité des cellules du cancer du sein et leur propagation en inhibant le fonctionnement de l’alpha-6-bêta-4 intégrine. Ce composé contribue au développement du cancer en renforçant la résistance des cellules à l’apoptose. Les cellules cancéreuses ne mourant pas, la curcumine peut servir alors d’agent thérapeutique contre les tumeurs qui surexpriment l’alpha-6-bêta-4. Confirmant ce résultat, une étude parue dansMolecular Pharmacology en 2009 montre que la curcumine inhibe la croissance des cellules cancéreuses du pancréas et accroît la sensibilité des cellules à la chimiothérapie. La curcumine favorise par ailleurs la mort des cellules du cancer du poumon et cible les cellules souches cancéreuses. Un essai clinique réalisé auprès de fumeurs a montré que la consommation quotidienne de 1,5 g de curcuma pendant 30 jours diminuait les composés cancérigènes présents dans l’organisme[6]. Par quels mécanismes ces effets interviennent-ils? La curcumine inhibe la prolifération des tumeurs, détruit les cellules mutantes, inhibe la transformation de cellules normales en cellules cancéreuses, diminue l’inflammation, empêche le développement des vaisseaux sanguins nourrissant la tumeur et enfin inhibe la synthèse d’une protéine essentielle à la formation des tumeurs.

Production de curcuma en Inde

Les vertus du curcuma ne s’arrêtent pas là. Il intervient avec succès contre les ravages de déclin cognitif grâce à une bonne dizaine d’actions neuro-protectrices qui favorisent des fonctions cognitives saines[7]. Le cerveau étant par nature un tissu dominé par du gras, les toxines liposolubles peuvent s’y accumuler et causer d’importants dommages. Le curcuma étant lui-même liposoluble, il aide à éliminer les toxines liposolubles des tissus les plus profonds. En outre, le curcuma traverse la barrière hémato-encéphalique pour se joindre à des neurotoxines, comme la plaque ‘amyloïde bêta’, et exercer ainsi sa bénéfique activité antioxydante[8]. Les effets sur la maladie d’Alzheimer commencent à faire l’objet d’investigations depuis que de récentes études épidémiologiques ont révélé que le taux de cette maladie était 4,4 fois plus faible chez certaines populations de l’Inde ayant une consommation élevée de curcuma. Une étude réalisée sur des animaux montre que la consommation de curcumine améliore les déficits cognitifs reliés à la maladie d’Alzheimer par plusieurs mécanismes neuro-protecteurs associés aux propriétés antioxydantes, anti-inflammatoires et anti-cholestérolémiquesde la curcumine[9]. De premiers essais chez des sujets atteints de la maladie d’Alzheimer montrent que la curcumine ralentit le développement de la maladie.

Les effets de cette plante sur l’humeur sont eux-aussi largement documentés. Ainsi, la curcumine est connue pour stimuler la norépinephrine, favorisant du même coup la bonne humeur, l’attention, le sommeil, le rêve et l’enseignement supérieur[10]. Plus surprenant, elle stimule également les niveaux de dopamine, l’hormone qui intervient dans la motivation et qui prend en charge le plaisir, l’émotion, la satisfaction et la locomotion, ainsi que la sérotonine qui joue un rôle clé dans l’humeur, la mémoire, l’apprentissage, l’appétit, le comportement sexuel, le sommeil, etc. Dans une étude conduite en 2013, un groupe à qui l’on a donné du curcuma a montré une amélioration de 64% de l’humeur. Une autre étude clinique publiée par Phytotherapy Research illustre les effets de la curcumine dans le traitement de graves états dépressifs. Elle montre que la curcumine est aussi efficace que des médicaments tels que le Prozac ou le Zoloft avec l’énorme avantage de n’engendrer aucun effet secondaire. Bien que les mécanismes de ces effets ne soient pas totalement décryptés à ce jour, les chercheurs soupçonnent le curcuma d’agir comme facteur neurotrophique du cerveau, favorisant la croissance et le développement des neurones et aidant les cellules à lutter contre la dégénérescence en cas de stress.

Marché au curcuma

Le curcuma est aussi le remède idéal contre la congestion lymphatique. Ce mal prend racine dans l’intestin lorsque la paroi intestinale est irritée ou en cas de stress. Les récepteurs du stress bordant l’intestin, en cas de forte dose de stress, les muqueuses intestinales réagissent en produisant un excès de mucus qui peut compromettre les voies d’absorption et de détoxification de l’intestin, ce qui conduit à une congestion du système lymphatique. Dans de telles circonstances, le curcuma soutient la muqueuse de l’intestin, fluidifie le mucus, et prend en charge l’écoulement de la bile. En plus de la dégradation nécessaire des graisses alimentaires, la bile est la première réponse immunitaire de la physiologie afin d’émulsionner les toxines liposolubles stockées dans les graisses. Il s’agit notamment de métaux lourds et de pesticides. Sur un tout autre registre, les effets du curcuma sur les virus ont été illustrés dans une récente étude portant sur l’herpès simplex virus-1 (HSV-1). Un groupe de cellules a été traité avec un extrait de curcuma alors que l’autre groupe n’a reçu aucun traitement. Les cellules traitées au curcuma présentaient une moindre croissance ainsi qu’une taille réduite de HSV-1 par rapport aux cellules non traitées[11]. L’extrait de curcuma favorise ainsi la résistance des cellules face à l’infection par le HSV-1 et ralentit la réplication et la croissance de la culture de l’herpès. Le mécanisme de l’effet anti-viral met en jeu la suppression de l’expression du gène HSV-1[12]. Bien sûr, une étude in vivo sera nécessaire pour valider l’effet du curcuma sur l’herpès dans des conditions réelles. Signalons au passage qu’afin de prévenir les boutons de fièvre et les poussées d’herpès, il est recommandé d’éviter les aliments riches en arginine comme les graines et les noix, le chocolat, le caroube, le jus d’orange, la caféine ou encore la pastèque.

Le curcuma lutte contre le vieillissement

La curcumine est également reconnue en tant que puissant antioxydant, capable de piéger les radicaux libres qui endommagent les membranes cellulaires, altèrent l’ADN et accélèrent le vieillissement. En outre, la curcumine empêche l’agrégation des plaquettes du sang qui s’agglutinent pour former des caillots et déclencher ainsi des infarctus ou des AVC. Elle stimule la vésicule biliaire afin qu’elle produise plus de bile, améliorant du même coup la digestion. La Commission Allemande E, chargée de déterminer les plantes qui peuvent être prescrites en toute sécurité sur le sol allemand, a approuvé le curcuma pour lutter contre les problèmes digestifs. Une étude en double-aveugle a montré en effet que le curcuma réduisait les symptômes de ballonnements et de gaz chez les personnes souffrant d’indigestion. L’efficacité de la curcumine dans la prévention de l’oxydation du cholestérol-LDL ainsi que la diminution du cholestérol total a été démontrée chez l’animal[13].

La poudre de curcuma

Au terme de cet article donnant un petit aperçu des nombreux mérites du curcuma, nous sommes bien loin d’avoir fait le tour complet de la question. Il en ressort néanmoins que la curcumine et ses métabolites sont en grande partie à l’origine de ces effets. Même si davantage d’études sur l’être humain seront nécessaires pour apporter des preuves scientifiques, nous en savons déjà suffisamment pour désirer intégrer le curcuma dans notre alimentation, ce qui est une sage décision du point de vue de l’Ayurvéda. Quelques précautions sont tout de même nécessaires car le curcuma est soluble dans la graisse, ce qui rend plus difficile son absorption. C’est d’ailleurs la raison pour laquelle la plupart des études citées ont été faites avec de la curcumine, plus facile à absorber par l’organisme. La recherche s’est attachée ces dix dernières années à trouver des moyens pour stimuler l’absorption du curcuma, avec un certain succès. Certains de ces produits sont vendus dans les magasins « bio » et sur Internet.

Champ de curcuma

Pour favoriser l’absorption du curcuma, l’Ayurvéda combine la plante entière avec d’autres plantes ou épices entières afin de stimuler certaines propriétés, avec des résultats aussi efficaces que les extraits modernes. Ainsi, en 1998, des chercheurs de l’université médicale de Saint-Jean à Bangalore constatent que le curcuma pris avec du poivre noir – les deux ingrédients de base du curry – augmentent le taux d’absorption du curcuma de 2000% sans effets secondaires! Le gingembre a également un effet similaire. En terme de dose, un indien consomme en moyenne 2 à 2,5 g de curcuma par jour, soit l’équivalent de 4 à 6 gélules. Si vous souhaitez tirer bénéfice du curcuma dans votre alimentation, prenez-en entre 2 et 2,5 grammes par jour. Afin de l’assimiler, enrobez-le de matière grasse comme du ghee et ajoutez-y du poivre ou du gingembre. Pour préserver la curcumine, il est conseillé de ne pas chauffer le curcuma et donc de l’utiliser comme un churna[14] avec lequel on saupoudre son plat au dernier moment.

Exemple de curcuma en gélules dans le commerce

En plus de la poudre jaune vendue dans tous les commerces alimentaires, on trouve du curcuma en gélules, en extrait fluide et en teinture. Préférez toujours le curcuma de qualité biologique car, comme beaucoup d’épices, le curcuma du commerce est souvent irradié afin d’en augmenter la durée de conservation et d’éviter aussi qu’il soit infesté par des insectes. Préférez les extraits des composants naturels de curcuma issus par extraction à base de dioxyde de carbone liquéfié plutôt que par usage de produits chimiques tels que l’hexane qui pourraient laisser des résidus. Les suppléments de curcuma contenant de la pipérine, alcaloïde du poivre noir, améliorent la biodisponibilité du curcuma. Si vous préférez acheter la curcumine, la dose recommandée se situe entre 60 et 100 mg par jour. Assurez-vous de choisir un complément alimentaire contenant de la curcumine extraite d’un curcuma certifié biologique, contenant donc au moins 95 % de curcuminoïdes. En terme d’usage, soyez vigilant, car de grandes quantités de curcuma sur de longues périodes peuvent provoquer des maux d’estomac et, dans certains cas extrêmes, des ulcères. Si vous avez des calculs biliaires ou une obstruction des voies biliaires, si vous êtes sous anticoagulants, consultez votre médecin traitant avant de prendre du curcuma. Idem si vous souffrez de diabète : le curcuma peut baisser le taux de sucre dans le sang et entraîner une hypoglycémie. Les femmes enceintes et qui allaitent ne devraient pas prendre des suppléments de curcuma et se contenter de celui qu’elles mettront dans leur alimentation. Il est également conseillé de s’abstenir de prendre du curcuma au mois deux semaines avant toute intervention chirurgicale.

Jo Cohen

Source: http://la-voie-de-l-ayurveda.com/les-etonnantes-vertus-du-curcuma/

 

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[1]  Le curcuma n’est pas seul en cause. L’Inde a réussi à obtenir l’annulation ou le retrait de 36 demandes de brevet en Europe concernant des formules médicinales traditionnelles grâce à une Bibliothèque numérique de savoirs traditionnels (BNST). Il s’agit d’une base de données multilingue contenant 34 millions de pages d’informations formatées sur quelque 2260 000 formules médicinales. Environ 2000 brevets dans le monde font actuellement l’objet de contestations par le Council of Scientific and Industrial Research de l’Inde.

[2] Annals of Internal Medicine du 6 janvier 2009; 150 (1) :1-8

[3]  Molecular Cancer Therapies d’avril 2007, 6 (4) :1276-82 et International Journal of Molecular Medicine de septembre 2007, 20 (3) :329-35.

[4] La curcumine est le pigment qui donne au curry sa couleur jaune-orangé.

[5] Le docteur David Servan Schreiber a placé le curcuma en tête des moyens pour lutter naturellement contre le cancer dans son livre intitulé Anticancer et sur son site http://guerir.org.

[6] Polasa K, Raghuram TC, et al. « Effect of turmeric on urinary mutagens in smokers”. Mutagenesis de mars1992;7(2):107-9.

[7] Advanced Medical Biology de 2007; 595:197-212.

[8] Chem. Février 2005. 18; 280 (7):5892-901.

[9] Ringman JM, Frautschy SA, et al. “A potential role of the curry spice curcumin in Alzheimer’s disease”. Curr. Alzheimer Resolution d’avril 2005; 2(2):131-6.

[10] The Scientific World Journal. 2000;9:1233-41

[11] “Curcumin inhibits herpes simplex”, Kutluay SB, paru dans Virology. 2008 Apr: 239-47

[12] “Curcumin Shows Promise Against Cold Sore Virus”. Life Extension Mag. Dec 2008

[13] Ramirez-Tortosa MC, Mesa MD, et al.  “Oral administration of a turmeric extract inhibits LDL oxidation and has hypocholesterolemic effects in rabbits with experimental atherosclerosis”. Paru dans Atherosclerosis de décembre 1999;147(2):371-8.

[14]  Un churna est une poudre composée de différentes épices.

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