Fruits et légumes : une saison pour chacun

En toute saison, notre société du « tout tout de suite » nous a habitués à l’extravagance de consommer des tomates du Maroc en décembre ou des poires d’Argentine en mars. Dérive pour les uns, évolution sociétale pour les autres, cette exigence a un coût écologique important. Une fatalité ? Non, une question de choix. Le choix de privilégier en priorité les produits locaux et de saison. Une valeur marchande sûre à maints égards.

cerisiers

Par Armanda DOS SANTOS

Trouver des carottes en juin, des fraises en novembre, des petits pois en octobre, cela vous parait normal ? Et pourtant… Voilà une logique qui ferait s’horripiler nos ancêtres !

A l’ère des fast-foods, des sandwichs avalés sur le pouce et des plats tout préparés, il est souvent difficile pour un consommateur du 21ème siècle d’apprécier un repas riche en saveurs, en goût… tout en prenant son temps. L’industrie agro-alimentaire, toujours de plus en plus agressive, ne cesse de se développer et de fournir des milliers de produits toujours plus sophistiqués, luisants comme du vernis, aux tailles astronomiques et calibrées, et qui se conservent plus ou moins longtemps.

Comment en est-on arrivé à cette absurdité ? Il faut reconnaître que les saines habitudes alimentaires de nos parents ou grands-parents peuvent aujourd’hui nous étonner… ou occasionner l’admiration. Mais comment faisaient-ils sans McDo, sans frigo, sans les plats de « Marie » et sans s’approvisionner chez Picard ?

Est-il pensable d’envisager une routine alimentaire saine autre que le club-sandwich entre deux réunions, et les plats surgelés en rentrant à la maison ?

Le temps consacré à la préparation des repas diminue et la consommation de produits « prêts à consommer » monte en flèche. Une habitude alimentaire à mettre en parallèle avec l’augmentation du nombre de problèmes de diabète, d’hypertension ou encore d’obésité. A titre d’exemple, 70% c’est le poids que représentent dans notre alimentation les produits industriels, dits « prés-préparés ».

Aux dysfonctionnements de l’alimentation industrielle conventionnelle (malbouffe, standardisation des plats, uniformisation des gouts, perte du lien social, pollution, grignotage),  sont venus se greffer les scandales alimentaires qu’on connait (vache folle, élevage des saumons, viande de cheval…), et avec eux, une certaine prise de conscience qui a poussé le consommateur vers une alimentation dite « biologique ».

Ce face à face démontre que la réalité est plus complexe et pointe du doigt les vrais enjeux d’une nourriture saine.

De nouvelles pratiques se développent en effet pour le bien de nos papilles et de la nature. Nouvelles pratiques ou simple question de bon sens ?

Selon Marion Kaplan, auteure de « Nutrition consciente » (Editions Grancher) : « Le XXIe siècle va ouvrir un autre débat : celui du choix. »

L’alimentation biologique

Le terme « bio » désigne un produit ou une denrée issu de l’agriculture biologique. Le mode de production agricole est naturel et n’utilise aucun produit chimique de synthèse, comme les pesticides, les herbicides chimiques, les fertilisants artificiels ou les hormones de croissance. On utilise des matières organiques naturelles recyclées et le principe de rotation des cultures.

Trois grands principes régissent l’alimentation biologique :

  • Le respect de la terre à travers la rotation des cultures, le choix des semences adaptées au climat et au terrain, l’interdiction d’utiliser des produits chimiques de synthèse.
  • Le respect des animaux : le choix de races du terroir, une alimentation issue de l’agriculture biologique et l’interdiction d’utiliser certains médicaments.
  • Le respect du consommateur à travers la vente d’aliments sains et contrôlés.

Autrefois, l’agriculture traditionnelle utilisait des méthodes qui respectaient les rythmes naturels des saisons et employait uniquement des substances issues de la nature. Depuis le développement des engrais chimiques, des pesticides, des herbicides, l’équilibre de la nature a été bouleversé, menaçant notre environnement extérieur… et nous aussi.

Il est scientifiquement reconnu que l’accumulation de ces substances toxiques dans notre corps est à l’origine de beaucoup de problèmes de santé tels que la baisse de l’immunité, le cancer, les allergies, les maladies auto-immunes, la baisse de fertilité, les maladies congénitales.

Outre le rôle  désormais reconnu des pesticides dans le développement des cancers, il a également été démontré que les pesticides altèrent la composition nutritionnelle des plantes, détruisant tout ou partie des vitamines qu’elles contiennent.

A l’inverse, le produit biologique doit être consommé le plus frais possible afin qu’il conserve toutes ses qualités nutritives. Ainsi, et contrairement aux produits calibrés de l’agriculture industrielle, ne vous fiez pas à l’aspect des produits biologiques : les fruits de formes et de tailles diverses et les légumes terreux sont le signe d’une culture sans engrais chimique !

Les produits locaux

Selon une étude Ipsos, réalisée pour le réseau de vente agricole directe « Bienvenue à la ferme » en janvier 2014 sur un échantillon représentatif de 1.008 personnes, les Français perdent confiance dans l’origine des aliments qu’ils consomment. En effet, après les récentes crises sanitaires, un Français sur deux voit dans les aliments produits localement un moyen de se rassurer.

Le local a donc la cote. Cette tendance profonde est le signe que le consommateur veut se sentir d’une façon ou d’une autre relié intimement à la vie de son assiette. A l’image du mouvement Slow food, une certaine idée de l’alimentation de proximité émerge, ici et là, associant plaisir et responsabilité vis-à-vis de l’environnement.

Le slow food

Slow Food est une organisation internationale qui repose sur un réseau local d’associations et envisage que chacun puisse avoir accès à une nourriture dite « responsable » : bonne pour lui, pour ceux qui la produisent, et pour la planète.Face à la vague irrésistible des fast-foods, dont ce mouvement parodie le nom, le slow food prône un retour aux plaisirs de la bonne chair et aux produits du terroir.

Les locavores : manger local

Objectif : ne manger que des aliments issus de productions locales et dont l’origine géographique est située à moins de 160 km de l’assiette. Finies les tomates toute l’année, le coup de fourchette s’adapte désormais aux 4 saisons. Comment ne pas se réjouir du développement de ce nouvel état d’esprit, qui redonne au « consomm’acteur » le pouvoir sur son assiette !

Car  rappelons-le, un fruit importé hors saison par avion consomme 10 à 20 fois plus de pétrole pour son transport que le même fruit produit localement et acheté en saison. De même, lorsqu’on fait l’écobilan d’un yaourt à la fraise, la somme des kilomètres parcourus par les différents camions pour acheminer fraises, lait, pot, etc. à l’usine, puis à la centrale d’achat, au supermarché, puis chez vous peut atteindre… 2400 kms !

Le transport des aliments affecte ainsi durablement notre planète en provoquant des émissions de CO2 très élevé. Savez-vous qu’en 2010, la distance moyenne parcourue par un produit alimentaire entre son lieu de production et l’assiette du consommateur, se situe entre 2400 et 4800 km, soit 25% de plus qu’en 1980 ?

Selon le WWF (Organisation mondiale de protection de l’environnement), l’empreinte écologique d’une tomate est dix fois à vingt fois supérieure en serre chauffée qu’en plein champ. Manger un kilo de tomates équivaut alors à bruler un litre de pétrole…

En France, environ 25% des émissions de CO2 sont causés par les circuits de transport et de distribution des produits alimentaires. En effet la consommation directe d’énergie par l’agriculture représente 2 % de la consommation française à laquelle il faut ajouter les consommations indirectes liées aux engrais et à l’alimentation animale.

Choisir davantage de produits locaux c’est donc un engagement à la portée de chacun pour une planète plus durable.

Le respect des saisons

Les consommateurs, peu ou prou éco-responsables, souhaitent aujourd’hui privilégier et manger des produits locaux et de saison.

Ces mêmes consommateurs sont habitués à retrouver dans leur supermarché un large choix de fruits et légumes, quelle que soit la saison. Pour satisfaire la demande, il n’existe que deux solutions : produire localement sous serres ou importer de pays climatiquement adaptés. Pour l’une ou l’autre des solutions, l’énergie nécessaire est beaucoup plus importante qu’une production nationale en pleine saison. Il est peut-être temps de rééduquer les consommateurs et de leur réapprendre la saisonnalité des produits frais…

Les produits locaux sont tout simplement ceux qui sont produits à proximité, ou pas très loin de chez vous. Les produits dits « de saison », sont des produits locaux qui sont naturellement bons à consommer à un moment donné, et cela quelle que soit la méthode de culture (conventionnelle, raisonnée, bio ou autre).

On oppose aux produits de saison les produits issus des serres chauffées, ou bien qui sont importés de pays lointains dont les cycles climatiques sont décalés par rapport aux nôtres. Par exemple, les tomates des Pays-Bas toute l’année, ou les prunes du Chili en hiver.

Chaque plante cultivée pousse selon un cycle naturel qui lui est propre,  notamment en fonction de ses exigences sur le plan de la température. C’est pourquoi les fruits et légumes changent avec les saisons. Certains sont ainsi présents en permanence car ils sont faciles à conserver, comme par exemple les oignons, les haricots secs, les pommes ou les pommes de terre.

Sans tomber dans l’obsession du « tout bio », nous pouvons essayer de choisir des fruits et légumes qui sont cultivés naturellement selon les techniques qui respectent la terre. Avec le refus des cultures intensives et l’utilisation d’engrais chimiques, on fait le choix d’aliments plus sains et moins destructeurs pour les sols.

Où se procurer des fruits et légumes de saison

Au gré des saisons, vous pouvez faire votre marché de produits frais et bio que ce soit en vente directe chez le producteur, chez le primeur, en magasin bio, au supermarché et même en ligne.

La part de la vente directe dans la consommation globale reste marginale, mais ce qui est nouveau, c’est la diversification de ces types de vente. A côté des marchés de ville ou de village, de nouvelles formes se développent : livraisons de paniers fermiers, boutiques de producteurs, sites Internet…  grappillant, de fait, des parts de marché à la grande distribution.

Depuis plusieurs années, le circuit court connait également un succès croissant et depuis avril 1999, il a même une définition officielle. Selon le ministère de l’alimentation, de l’agriculture et de la pêche, est considéré comme circuit court « un mode de commercialisation des produits agricoles qui s’exerce soit par la vente directe du producteur au consommateur, soit par la vente indirecte, à condition qu’il n’y ait qu’un seul intermédiaire.  »

Les circuits courts correspondent également à une nouvelle attente que les crises sanitaires, climatiques et économiques accentuent. Les consommateurs sont en demande croissante de produits de terroirs, d’aliments bio et de produits locaux. Avant tout, ils recherchent des produits frais, de meilleur goût, une excellente traçabilité, le tout à des prix raisonnables.

Autre phénomène en plein essor : le développement des Amap (Associations pour le maintien d’une agriculture paysanne). Ces dernières permettent à une poignée de consommateurs de privilégier une agriculture durable et de promouvoir des produits de qualité, socialement équitables. Proche du mouvement locavore, les Amap favorisent également les circuits courts, du champ à l’assiette. Au fil du temps, le réseau de ces associations s’est sensiblement étendu. Un véritable pied de nez à l’industrie agroalimentaire et à la grande distribution.

Source: http://www.sesoignernaturellement.fr/fruits-legumes-saison/

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