Apprendre à lire, à compter et… à méditer

Julien Groulx et ses camarades de la maternelle à l’école Saint-André-Apôtre, dans l’arrondissement d’Ahuntsic, en plein exercice de méditation. «Dans le noir, on s’assoit par terre en indien, on fait des boucles avec nos doigts et on dit

Julien Groulx et ses camarades de la maternelle à l’école Saint-André-Apôtre, dans l’arrondissement d’Ahuntsic, en plein exercice de méditation. «Dans le noir, on s’assoit par terre en indien, on fait des boucles avec nos doigts et on dit

12 janvier 2008 | Pauline Gravel | Santé
 
 
À l’école Saint-André-Apôtre, dans l’arrondissement d’Ahuntsic à Montréal, Marthe Tremblay intègre à son enseignement quotidien de courtes séances de méditation qui aident grandement les enfants à retrouver leur calme et leur concentration.

«Dans le noir, on s’assoit par terre en indien, on fait des boucles avec nos doigts et on dit « Om » pendant quelques minutes», témoigne Julien Groulx, un jeune élève de la classe de maternelle de Mme Tremblay. «Ça me fait du bien», lance spontanément le garçonnet débordant de vie, qui apprécie ces moments de détente à l’instar de tous ces autres camarades âgés de cinq et six ans. 

«On joue à méditer pendant quelques minutes. Je ne leur apprends pas de mantra particulier et ne les oblige pas à fermer les yeux. Mais cela est très efficace pour calmer les enfants quand ils sont énervés. Cela les aide à se recentrer, à retrouver leur concentration avant de faire un travail», précise l’institutrice, qui affirme consacrer tous les jours, après le retour du dîner, un bref moment à des activités de relaxation qui peuvent prendre la forme d’exercices de yoga, de respiration ou de séances de visualisation, lors desquelles «on peut s’imaginer être une petite étoile qui brille dans le firmament». «Ces exercices qui doivent être brefs et agréables peuvent même aplanir les problèmes de comportement», ajoute Mme Tremblay.

Soleil Guérin, qui enseigne le yoga aux élèves des première, deuxième et troisième années à l’école Nouvelle-Querbes, confirme l’engouement des enfants pour cette activité apaisante. Les élèves sont de plus en plus nombreux à assister aux séances qu’elle offre à cette école alternative d’Outremont. «Par des postures d’animaux — chat, chien, serpent, lion — et des séances de visualisation qui font appel à leur imagination dans leur espace intérieur, j’amène les enfants à ressentir qu’ils ont un pouvoir sur eux-mêmes», souligne Soleil Guérin, qui grâce au yoga a pu fournir de bons outils de contrôle à son fils, particulièrement actif.

«Tout le monde peut faire de la méditation et on peut la pratiquer à tout âge, affirme le moine bouddhiste Matthieu Ricard. Les enfants adorent cela. C’est tout simple, on leur demande de garder l’attention sur une fleur, un caillou ou l’image d’un papillon. C’est unanimement quelque chose qui aide les enfants.» M. Ricard voit même la pratique de la méditation comme un antidote efficace à la violence scolaire. Et ses convictions reposent notamment sur des études menées auprès d’étudiants universitaires par le professeur Richard Davidson, de l’université du Wisconsin à Madison, qui ont déjà montré que la pratique de la méditation promeut l’empathie, la compassion et accroît la concentration.

Sous les auspices de la Mind and Life Institute, une organisation sans but lucratif qui vise à rapprocher scientifiques et bouddhistes afin de confirmer et de populariser les effets bénéfiques de la méditation, des chercheurs américains, parmi lesquels figure John Dunne, de l’université Emory à Atlanta, amorcent en ce moment une série de projets de recherche scientifique qui visent à évaluer chez les élèves de niveaux primaire et secondaire «l’effet de la pratique quotidienne d’une forme de méditation sur l’habileté à se concentrer à une tâche, sur les problèmes de comportement et sur l’aptitude à ne pas se laisser bouleverser par les émotions». Parmi les pratiques de méditation que les chercheurs ont retenues pour leur expérimentation, John Dunne mentionne des techniques qui s’enseignent facilement, comme le yoga, la «pleine présence fondée sur la réduction du stress» (mindfulness based stress reduction) et une technique inspirée de la méditation de la compassion pratiquée par les moines tibétains, dont fait partie Matthieu Ricard.

Une attention accrue

Des études récentes d’imagerie par résonance magnétique fonctionnelle ont permis de trouver dans le cerveau de moines tibétains ayant médité plus de 40 000 heures durant leur vie l’empreinte de leur faculté exceptionnelle à maintenir une attention soutenue sans se fatiguer. En fait, lorsque ces moines amorçaient leur méditation, les régions du cerveau jouant un rôle dans le contrôle et la régulation de l’attention, telles que le cortex préfrontal, s’activaient intensément — beaucoup plus que chez les individus qu’on avait récemment initiés à la méditation — mais retrouvaient rapidement une activité de base, explique le professeur Davidson.

Autre signe de leur concentration accrue, les moines arrivaient à discerner sans peine toutes les images différentes et consécutives qui avaient été insérées au sein d’une série homogène, et même si elles étaient présentées très brièvement. «Habituellement, quand vous reconnaissez une première image différente au sein de la série d’images, votre attention demeure collée sur cette image et ne s’en désengage pas suffisamment rapidement pour voir celle qui suit et qui vous échappe alors. Or les méditants les plus expérimentés voyaient toutes les images, car ils possèdent la faculté de discerner des choses extrêmement subtiles», explique le moine et scientifique Matthieu Ricard.

Selon le neuropsychologue Richard Davidson, les circuits cérébraux dédiés à l’attention qui sont affectés par la méditation sont vraisemblablement les mêmes que ceux qui interviennent dans les troubles de déficit de l’attention avec ou sans hyperactivité chez les enfants. Conséquemment, «il pourrait peut-être être possible d’entraîner les enfants souffrant de ces problèmes de comportement à l’aide de méthodes découlant des pratiques de méditation», a affirmé le chercheur.

 
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