Les nouveaux traitements de l’arthrose

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  • Phytothérapie, compléments alimentaires… voici une revue de détail des traitements naturels de l’arthrose qui ont fait leurs preuves ou qui sont prometteurs.
par Jacques Robert – Jeudi 21 Juin 2012

Contre la douleur : l’harpagophytum

Cette plante est récoltée dans les déserts sablonneux d’Afrique du Sud et de Namibie. Les racines de la plante sont utilisées pour fabriquer des gélules qui renferment les principaux principes actifs : harpagoside, harpagide, procumboside, procumbide, des substances anti-inflammatoires et analgésiques.

Pour un rhumatisant, des cures de cette plante apportent en général un soulagement rapide et spectaculaire qui peut aider à réduire les doses des médicaments. Beaucoup disent ne plus s’en passer.

Une étude publiée en 2003 montre une forte réduction de la douleur et des symptômes de l’arthrose chez 75 patients traités avec de l’harpagophytum. La douleur régresse de 25 à 45 % alors que la mobilité augmente d’autant. (1)

L’harpagophytum serait aussi efficace que des médicaments pour calmer les inflammations et les douleurs de l’arthrose si l’on en croit l’ensemble des études conduites sur le sujet.

 

« Grâce à l’harpagophytum, je ne prends plus d’anti-inflammatoire »

 

 

Claire Sassus, 36 ans est ingénieur à Nîmes (Gard). Elle a toujours fait beaucoup de sport : tennis, natation, volley-ball jusqu’au jour où des problèmes de dos sont apparus. « Depuis l’âge de 18 ans, dit-elle, je souffre d’arthrose lombaire qui se traduit par des lumbagos à répétition. Mon médecin m’a prescrit des anti-inflammatoires. Comme au début les crises ne duraient que quelques jours, ce traitement me soulageait. Un jour, la douleur s’est prolongée, si bien que j’ai dû prendre des anti-inflammatoires plus longtemps que d’habitude et cela m’a provoqué des maux d’estomac et de la diarrhée. Une amie m’a alors parlé de l’harpagophytum. J’ai essayé et ça a marché ! J’ai même été très surprise de la rapidité d’action et surtout de l’efficacité. Quand j’ai une crise, je prends 2 gélules et 2 heures après je suis soulagée. C’est remarquable ! Et côté estomac et intestins, aucun trouble même si je prends les gélules entre les repas. Grâce à l’harpagophytum, je ne prends plus d’anti-inflammatoires. »

 

 

Une étude française a été conduite sur 122 personnes souffrant d’arthrose de la hanche et du genou. Pendant 4 mois, une partie des volontaires a pris 435 mg d’harpagophytum par jour pendant que l’autre prenait un médicament anti-inflammatoire appelé diacerhéine. Les douleurs ont diminué de la même manière dans les deux groupes. Les patients du groupe harpagophytum utilisaient moins de médicaments anti-douleur à la fin de l’étude. Ils souffraient également moins de diarrhées que ceux qui suivaient le traitement anti-inflammatoire chimique (26 %)(2).

Une autre étude de 2003 a comparé chez 44 personnes l’efficacité de l’harpagophytum à celle d’un anti-inflammatoire non stéroïdien, le rofecoxib ou Vioxx, aujourd’hui retiré du marché en raison d’effets secondaires graves. Les patients pouvaient continuer à suivre en parallèle leur traitement habituel ou l’interrompre s’ils allaient mieux. Six semaines après le début de l’étude, 10 patients avaient pu, grâce à l’harpagophytum, suspendre pendant plus de 5 jours leur traitement habituel. Ils n’étaient que 5 parmi ceux soignés avec le rofecoxib. Pour les autres, la réduction de la douleur était similaire dans les deux groupes, mais le nombre d’effets indésirables deux fois plus élevé chez les personnes qui prenaient le rofecoxib. (3)

Enfin, une large analyse de la littérature médicale publiée en 2006 a conclu que l’harpagophytum était significativement efficace à partir de 50 mg d’harpagosides. (4)

 

Le gingembre, un anti-inflammatoire méconnu

La médecine ayurvédique décrit le gingembre (Zingiber officinale) comme la plante de référence pour combattre les inflammations de toutes natures. Des recherches ont confirmé le caractère anti-inflammatoire des composés du gingembre. En fait, certains chercheurs estiments que le gingembre pourrait faire jeu égal avec des médicaments de dernière génération. (5)

C’est en s’appuyant sur son usage ancestral que des chercheurs ont eu l’idée en 1992 de tester de la poudre de gingembre dans l’arthrose. Après 3 mois d’utilisation, les trois-quarts des patients ont vu leur état s’améliorer. Certains ont poursuivi le traitement à base de gingembre pendant plus de deux ans et demi sans aucun effet indésirable notable. (6)

Une étude clinique intéressante a été publiée dans le journal médical Arthritis and Rheumatism. Les scientifiques ont donné pendant 6 semaines à des personnes souffrant d’arthrose du genou, soit du gingembre soit un placebo. Les participants pouvaient prendre un médicament chimique si les douleurs étaient trop fortes. L’étude a été conduite sans que ni les médecins qui dirigeaient l’étude, ni les patients qui y participaient, ne sachent qui prenait le gingembre et qui prenait la pilule placebo. Les chercheurs ont constaté à l’issue de l’étude que les personnes ayant pris le gingembre, mais pas celles qui avaient pris le placebo, se déplaçaient avec plus de facilité, que leur douleur était moins forte et leurs articulations moins raides, signe que leur arthrose était grandement améliorée par le gingembre. (7)

En revanche une autre étude n’a pas montré de bénéfice supérieur du gingembre face à un anti-douleur classique comme l’ibuprofène (8). Les études manquent pour pouvoir conclure avec certitude mais certains chercheurs suggèrent que le gingembre agirait progressivement.

Du curcuma pour lutter contre les douleurs et l’inflammation

Les effets positifs du curcuma dans les maladies inflammatoires ont tout d’abord été mis en évidence chez l’animal ou en laboratoire. Les études préliminaires menées sur l’homme n’ont pas permis de conclure. Ces disparités s’expliqueraient par la biodisponibilité du curcuma qui est faible : une fois absorbé celui-ci est rapidement éliminé de l’organisme. Pour répondre à cette problématique il existe des compléments alimentaires qui tentent d’améliorer la biodisponibilité du curcuma avec des extraits de poivre noir ou des phospholipides. Dans ce cas le curcuma semble plus efficace que les médicaments (14).

Le curcuma est probablement efficace pour diminuer les douleurs et ralentir la progression de l’arthrose (15) mais il convient de prendre un complément alimentaire avec une fréquence bien répartie au long de la journée (par exemple un comprimé matin, midi et soir).

Ralentir la maladie avec les acides gras oméga-3

Les oméga-3 sont une famille d’acides gras (constituants des graisses) que l’on trouve dans les légumes à feuilles vertes, les noix, les poissons gras (anchois, hareng, maquereau, sardine, saumon), les graines de lin, les huiles de colza, de noix et de lin. Une fois absorbés, ces acides gras donnent naissance à des substances qui ont des propriétés anti-inflammatoires.

Depuis 1998, le Dr Bruce Caterson de l’université de Cardiff (Pays de Galles) et son équipe se passionnent pour les bénéfices potentiels des suppléments d’oméga-3 sur l’arthrose. Après plusieurs expériences menées en laboratoire sur des tissus de cartilage arthrosique qui se sont avérées prometteuses, ces chercheurs publient les résultats de leur première étude chez l’homme. Et ils sont encourageants. 31 personnes souffrant d’arthrose et en attente d’une opération chirurgicale pour la pose d’une prothèse totale du genou ont participé à cette étude. La moitié des participants a pris 2 fois par jour pendant 10 à 12 semaines avant l’opération, 2 capsules contenant 1 g d’huile de foie de morue enrichie en acides gras oméga-3 EPA et DHA. L’autre moitié a pris un placebo. Après l’opération, les cartilages récupérés ont été analysés. Résultat : dans 86 % des cas du groupe oméga-3, la présence des enzymes qui détruisent le cartilage est très faible contre 26 % dans le groupe placebo. D’après le professeur Bruce Caterson qui a mené l’étude, « concrètement cela signifie qu’une supplémentation en acides gras oméga-3 peut ralentir voire stopper l’usure du cartilage et réduire l’inflammation ainsi que la douleur qui accompagne l’arthrose. » Depuis, cette hypothèse a été confirmée par plusieurs études (12) et les bénéfices des oméga-3 semblent bien nets, en particuliers lorsqu’on leur associe de la glucosamine (13).

Pour réparer le cartilage : glucosamine et chondroïtine

Dans l’article " L’arthrose, qu’est ce que c’est ? ", nous avons vu que des « molécules-éponge », les protéoglycanes, sont indispensables à la bonne santé du cartilage car elles assurent la souplesse et l’élasticité de ce tissus. Sans elles, le cartilage est incapable d’absorber les chocs, il craque, se fissure et peut s’user complètement.

Pour que les cellules de nos articulations puissent fabriquer des protéoglycanes, elles ont besoin de deux substances : la glucosamine et la chondroïtine. Normalement, les chondrocytes les synthétisent à partir du glucose des aliments au terme de plusieurs réactions biochimiques. Mais dans l’arthrose, les chondrocytes, même bien alimentés en glucose ne parviennent plus à accomplir correctement leur tâche. Les chercheurs ont découvert qu’on obtenait de bien meilleurs résultats en apportant directement aux chondrocytes la glucosamine et la chondroïtine préformées, sous la forme de suppléments par voie orale. Ces substances réussissent à stimuler la production de protéoglycanes et à normaliser le métabolisme du cartilage. Ce dernier est ainsi censé ne plus dégénèrer et pourrait théoriquement se reconstruire.

Depuis plus de 20 ans, les études ont été très contradictoires sur l’efficacité des suppléments de glucosamine pour soulager les douleurs en cas d’arthrose. On considère aujourd’hui que c’est une substance efficace pour l’arthrose mineure ou modérée. Cette amélioration apparaît dans un délai de 2 à 8 semaines et persiste plusieurs semaines après l’arrêt de traitement. Ceci serait dû aux effets anti-inflammatoires de la glucosamine. Par ailleurs, et c’est là tout son intérêt par rapport aux traitements anti-inflammatoires, la glucosamine permet à long terme de stabiliser le processus de destruction du cartilage. Deux études cliniques menées sur des personnes souffrant d’arthrose du genou ont montré que la prise quotidienne de 1 500 mg de sulfate de glucosamine pendant 3 ans permet de bloquer la progression de la maladie.(9) (10) Aucun effet secondaire significatif n’a été rapporté.

Et la chondroïtine ? Même si le dossier scientifique de la chondroïtine n’est pas aussi étoffé que celui de la glucosamine, les études cliniques dont on dispose pointent vers son efficacité. Comme la glucosamine, la chondroïtine ne fait pas que soulager les symptômes. Elle pourrait contribuer à stopper ou ralentir la progression de la maladie. Dans une étude sur 120 participants souffrant d’arthrose du genou, les chercheurs ont comparé l’impact d’une supplémentation avec 800 mg de sulfate de chondroïtine par jour pendant 3 mois, renouvelé une fois dans l’année, avec l’effet d’un placebo. Au bout d’un an, les personnes prenant la chondroïtine souffraient moins et les radiographies montraient que les lésions du cartilage avaient peu évolué. Comme pour la glucosamine, l’effet positif de la chondroïtine se prolonge après l’arrêt du traitement. (11) Pour finir, les chercheurs supposent que la glucosamine et la chondroïtine pourraient agir en synergie pour une plus grande efficacité.

 

Bibliographie

(1) Wegener T : Treatment of patients with arthrosis of hip or knee with an aqueous extract of Devil’s Claw (Harpagophytum procumbens DC.). Phytother Res 2003, 17(10):1165-1172.

(2) Leblan D : Harpagophytum procumbens in the treatment of knee and hip osteoarthritis. Four-month results of a prospective, multicenter, double-blind trial versus diacerhein. Joint Bone Spine. 2000, 67(5):462-427.

(3) Chrubasik S : A randomized double-blind pilot study comparing Doloteffin and Vioxx in the treatment of low back pain. Rheumatology (Oxford). 2003, 42(1):141-148.

(4) Gagnier JJ, van Tulder M, Berman B, Bombardier C (2006). Gagnier, Joel J. ed. Herbal medicine for low back pain. Cochrane Database Syst Rev (2): CD004504.

(5) Kiuchi F : Inhibition of prostaglandin and leukotriene biosynthesis by gingerols and diarylheptanoids. Chem Pharm Bull 1992, 40(2):387-391.

(6)Srivastava KC : Ginger (Zingiber officinale) in rheumatism and musculoskeletal disorders. Med Hypotheses. 1992, 39(4):342-348.

(7) Altman RD : Effects of a ginger extract on knee pain in patients with osteoarthritis. Arthritis Rheum 2001, 44(11):2531-2538.

(8) Reginster JY, Deroisy R, Rovati LC, Lee RL, Lejeune E, Bruyere O, Giacovelli G, Henrotin Y, Dacre JE, Gossett C. Long-term effects of glucosamine sulphate on osteoarthritis progression: a randomised, placebo-controlled clinical trial.Lancet 2001 Jan 27;357(9252):251-6.

(9) Bliddal H, Rosetzsky A, Schlichting P, et al. A randomized, placebo-controlled, cross-over study of ginger extracts and ibuprofen in osteoarthritis. Osteoarthritis Cartilage. 2000;8:9-12.

(10) Pavelka K, Gatterova J, Olejarova M, Machacek S, Giacovelli G, Rovati LC. Glucosamine sulfate use and delay of progression of knee osteoarthritis: a 3-year, randomized, placebo-controlled, double-blind study.Arch Intern Med 2002 Oct 14;162(18):2113-23.

(11) Uebelhart D : Intermittent treatment of knee osteoarthritis with oral chondroitin sulfate : a one-year, randomized, double-blind, multicenter study versus placebo. Osteoarthritis Cartilage. 2004 Apr;12(4):269-76.

(12) Knott L, Avery NC, Hollander AP, Tarlton JF. Regulation of osteoarthritis by omega-3 (n-3) polyunsaturated fatty acids in a naturally occurring model of disease. Osteoarthritis Cartilage. 2011 Sep;19(9):1150-7.

(13) Gruenwald J, Petzold E, Busch R, Petzold HP, Graubaum HJ. Effect of glucosamine sulfate with or without omega-3 fatty acids in patients with osteoarthritis. Adv Ther. 2009 Sep;26(9):858-71.

(14) G. Belcaro; M.R. Cesarone; M. Dugall; L. Pellegrini; A. Ledda; M.G. Grossi; S. Togni; G. Appendino; Efficacy and Safety of Meriva, a Curcumin-phosphatidylcholine Complex, during Extended Administration in Osteoarthritis Patients. Alternative Medicine Review, volume 15, Number 4, Pages 337-344.

(15) Jurenka JS. Anti-inflammatory properties of curcumin, a major constituent of Curcuma longa: a review of preclinical and clinical research. Altern Med Rev. 2009 Jun;14(2):141-53.

 

Source: http://www.lanutrition.fr/bien-dans-sa-sante/les-maladies/l-arthrose/les-nouveaux-traitements-de-larthrose.html

 

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